Les penseurs chinois : Zhuang Zhou

Voici le deuxième article d’une série qui traite des penseurs chinois comme guides du gestionnaire d’aujourd’hui. Cette fois, j’aimerais vous parler d’un penseur qui a une vision du monde très particulière, je dirais très éclatée. Je vous parlerai de Zhuang Zhou.

Qui est Zhuang Zhou?

Zhuangzi

Zhuang Zhou (Parfois traduit Tchouang-Tseu en français) aurait vécu en Chine au IVe siècle avant JC au temps des Royaumes Combattants. Il est souvent classé comme un penseur taoïste même ci ce dernier refuserait cette étiquette, comme il refusait toutes les étiquettes d’ailleurs.

Cet auteur a transmis sa pensée à travers de nombreux contes, histoires rocambolesques où l’on peut voir des personnages humains ou animaux. On peut dire que sa pensée est relativiste, individualiste, voir anarchiste.

 

Que nous enseigne Zhouang Zhou?

Pour Zhuang Zhou,  le monde et tous ses êtres sont toujours en constante transformation. Par exemple, l’humain nait, grandit, il se nourrie, la nourriture qu’il mange s’intègre à son corps, devient vieux, ensuite, il meurt et se fait manger lui-même par les vers qui eux sont mangés par les oiseaux. Donc l’humain devient en partie un oiseau et rien n’est constant dans ce monde.

Contrairement à Confucius qui faisait une distinction entre l’humain et le reste de la nature, Zhuang Zhou considère qu’il n’y en a pas. L’humain fait partie de la nature comme chaque brin d’herbe et comme eux, il fait partie de ce flux en perpétuelle transformation qu’on nomme Tao.  Pour lui, la mort n’est pas à craindre, elle est une étape bien banale dans ce grand processus.

Le problème de l’être humain est que contrairement aux autres êtres de l’univers, il cherche à maîtriser le cours des choses, il cherche à maintenir constant ce qui par nature ne l’est pas.

Tao
Caractère chinois représentant le Tao

Tout dépend du point de vue selon lequel on se place. Un jour Zhuang Zhou se réveilla alors qu’il avait rêvé qu’il était un papillon. Il se demanda alors s’il était Zhuang Zhou qui avait rêvé être un papillon ou s’il était un papillon rêvant qu’il était Zhuang Zhou.

Selon Zhuang Zhou, on ne devrait jamais porté son esprit sur une idée fixe car en faisant cela, notre perception du monde s’en trouve réduite, donc biaisée. Il faut donc élargir ses horizons.

Zhuang Zhou suggère d’agir toujours avec spontanéité, mais que veux dire «agir avec spontanéité»?

Est-ce que monter spontanément sur la table et danser correspond à agir avec spontanéité? Pas du tout répondrait Zhuang Zhou, cela serait juste faire l’inverse de ce que l’on fait habituellement et cela n’a rien à voir avec la spontanéité. Zhuang Zhou illustre la spontanéité par la fable du boucher que je lis ici pour vous.

La fable du boucher nous montre une personne qui maîtrise bien son art. Il ne débite pas des carcasses de façon machinale. Pour lui, chaque pièce de bœuf est unique, la maîtrise de son art lui permet de saisir comment la carcasse est faite et de couper aux bons endroits pour réduire l’utilisation de la force brute. C’est un peu comme lorsqu’on regarde Federer jouer au tennis, il sais lire le jeu,  il sais où la balle va aller, il cours pour ensuite bien la frapper et la diriger au bon endroit. C’est un artiste du tennis.

Que devrait faire le gestionnaire qui veut suivre les conseils de Zhuang Zhou?

Il est plutôt difficile pour un gestionnaire de suivre intégralement les conseils de Zhuang Zhou  car ce dernier ne devrait avoir aucune ambition, aucun plan et agir uniquement au jour le jour selon son intuition.

De façon plus réaliste, le gestionnaire pourrait s’inspirer de la pensée de Zhuang Zhou sans toutefois appliquer sa vision de façon intégrale. Il doit tout d’abord accepter que le monde comme lui même, son entreprise et son environnement soient en perpétuel changement.

Il devrait éviter à tout prix de fixer des objectifs immuables et contraignants, ces derniers devraient continuellement être révisés et toujours évoluer avec les changements dans le contexte et l’environnement.

Il devrait fuir, dans les limites du possible, tous les artifices de la pensée managériale technocratique : les consultants de tout acabit (ici je ne prêche pas pour ma paroisse), les plans stratégiques, les redditions de compte, les procédures trop rigides, les outils de la qualité totale, les conseillers en ressources humaines… Cette vision de l’organisation trop rigide, trop planifiée et trop restreinte, limiterait la capacité du gestionnaire d’agir avec spontanéité, elle limiterait sa capacité de percevoir le monde à l’extérieur de ce cadre imposé.

Comme le boucher, le gestionnaire devrait voir son métier comme un art. Plutôt que de s’intéresser aux résultats financiers de son entreprise, il devrait se réjouir de la mise en pratique quotidienne de son art.

Art qu’il devrait développer peu à peu chaque jours, de la même manière que Confucius nous invite à des exercices quotidiens. Un art qui demande beaucoup d’écoute, d’observation, d’intuition, de réserve et d’humilité.

Le gestionnaire devrait voir chaque personne comme un être unique avec qui il faut agir d’une manière qui est la sienne. Chaque cas devrait être vu comme un cas d’espèce qu’il faut traiter dans son contexte propre. Enfin, le gestionnaire devrait apprendre à travailler avec les autres comme ils sont au lieu de tenter en vain de vouloir les façonner à son goût.

En définitive, c’est en se voyant comme un simple élément du Tao, en s’adaptant aux situations en allant dans le même sens que le courant que le gestionnaire peut y arriver. Si le gestionnaire cherche à maîtriser à tout prix le cours de choses, à vouloir créer une entreprise théoriquement parfaite, c’est ainsi qu’il se détache du Tao et c’est à ce point que commence les problèmes.


Pour aller plus loin

Le professeur Miachel Puett de Harvard parle de la relation et des différences entre la pensée de Confucius et celle de Zhuang Zhou

 

 

Photo à la une : Lac du Lotus et pagodes du dragon et du tigre, Kaohsiung,  Taiwan, prise par Jérôme Guy, 2015.

 

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